(autour du Concert d’été du 28.08.11 au Château d’Enghien -dès 16h30
Pimm’s , Jeux & Introduction avant le concert)
La Nuit transfigurée

Deux êtres vont par le bois nu et froid;
la lune les suit, ils la regardent.
La lune saute les chênes hauts.
Pas un nuage ne trouble la clarté
ou montent les flèches noires.
La voix d’une femme parle:
Je porte un enfant, et pas de toi,
je marche dans le péché à côte de toi.
J’ai fauté gravement contre moi.
Je ne croyais plus au bonheur
et pourtant je désirais ardemment
un vie remplie, le bonheur d’être mère
et le devoir: alors j’ai osé,
j’ai laissé frissonnante mon sexe
à l’étreinte d’un homme étranger
et m’en suis encore félicitée.
Voilà que la vie s’est vengée:
voilà que je t’ai rencontré, toi.
Elle va d’un pas maladroit.
Elle lève les yeux; la lune suit.
Son regard sombre se noie dans la lumière.
La voix d’un homme parle:
L’enfant que tu as conçu,
qu’il ne pèse pas sur ton âme
vois comme l’espace brille clair!
Il ya un halo autour de toute chose,
tu vogues avec moi sur une mer froide,
mais un chaleur particulière vacille
de toi en moi, de moi en toi.
C’est elle qui transfigurera l’enfant étranger,
tu l’enfanteras pour moi, de moi:
tu as mis en moi cet éclat,
c’est moi-même que tu as rendu enfant.
Il la saisit par ses fortes hanches.
Leur souffle s’embrasse dans les airs.
Deux êtres vont par la nuit haute et claire.
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Poème extrait du recueil La Femme et le monde (Weib und Welt) de Richard Dehmel